Pesticides agricoles : ce que disent les achats par code postal
Il n'existe pas de registre public des épandages de pesticides parcelle par parcelle. La donnée publique la plus fine est celle des achats, rattachés au code postal de l'acheteur. Voici comment la lire sans lui faire dire ce qu'elle ne dit pas.
D'où viennent les chiffres
Les distributeurs de produits phytopharmaceutiques (coopératives, négociants, jardineries) déclarent chaque année leurs ventes dans la banque nationale des ventes des distributeurs (BNV-D), gérée par l'Office français de la biodiversité. Ces déclarations servent aussi à calculer la redevance pour pollutions diffuses, due sur les produits qui contiennent des substances dangereuses. Chaque achat est rattaché au code postal déclaré par l'acheteur ; les quantités de produits sont converties en quantités de substances actives grâce à la composition de chaque produit.
En 2024, les achats rattachés à un code postal représentent 68 561 tonnes de substances actives, dont 8 157 tonnes de glyphosate, réparties sur 5 668 codes postaux.
Ce que le chiffre ne dit pas
- Le lieu d'épandage. L'achat est rattaché à l'adresse de l'acheteur : une exploitation agricole traite des parcelles parfois situées dans plusieurs communes, et une entreprise de travaux agricoles ou une coopérative peut intervenir loin de son siège.
- La commune exacte. Un code postal couvre souvent plusieurs communes ; à l'inverse, une grande ville en compte plusieurs.
- Le risque. Un kilogramme de soufre ou de cuivre, utilisés en agriculture biologique, n'a pas le même effet qu'un kilogramme d'un insecticide très toxique : les tonnages s'additionnent sans refléter la dangerosité. C'est pourquoi les pages indiquent à part les substances classées toxiques, très toxiques, cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR).
- L'année d'utilisation. Un produit acheté une année peut être utilisé la suivante.
Pour protéger l'anonymat des acheteurs, les zones postales qui comptent de 1 à 5 acheteurs potentiels sont masquées ; en 2024, elles représentent 0,2 % des quantités.
Les cultures de la commune
Les pages indiquent aussi l'orientation agricole dominante de la commune au recensement agricole de 2020 : grandes cultures, viticulture, arboriculture, maraîchage, élevage… Elle est déterminée par la production principale des exploitations qui ont leur siège dans la commune. Les besoins en traitements varient beaucoup d'une culture à l'autre : la vigne et les vergers sont parmi les cultures les plus traitées, les prairies d'élevage parmi les moins.
Près des habitations
Des distances minimales de traitement s'appliquent à proximité des habitations : en règle générale 5 mètres pour les cultures basses et 10 mètres pour les cultures hautes (vignes, vergers), 20 mètres pour les produits les plus préoccupants. Des chartes départementales, validées par le préfet, peuvent réduire les deux premières distances quand des matériels limitant la dérive sont utilisés. Depuis 2017 pour les collectivités et 2019 pour les particuliers, les pesticides de synthèse sont par ailleurs interdits dans les espaces verts publics et les jardins (loi Labbé).
Pour une question sur un épandage près de chez vous, adressez-vous à la mairie ou à la direction départementale des territoires ; en cas de symptômes après une exposition, contactez un centre antipoison.
Et dans l'eau du robinet ?
Les pesticides et leurs métabolites sont recherchés dans l'eau distribuée, avec des limites très basses : voir les pesticides dans l'eau du robinet.
Sources
- BNV-D traçabilité, achats de substances actives par code postal : Office français de la biodiversité (data.gouv.fr, Licence Ouverte).
- Spécialisation territoriale de la production agricole par commune en 2020 (OTEX en 12 postes) : recensement agricole 2020, service statistique du ministère de l'Agriculture (Agreste).